Les autres
A l’abri d’mon carosse de taxi, les fesses bien calées sur le cuir
crème, je déambule dans les plaines électriques de la ville endormie,
marquant une pause cigarette sous la voute d’une forêt de néons
grésillant, mes yeux se troublent de ce regard fatigué d’un milieu de
nuit, s’efforçant tant bien que mal à distinguer le ballet des feux
tricolores, plus loin, l’horizon de l’échangeur de la banlieue sud et
ses filaments krypton, des trainées blanchâtres dessinant l’arrondi
des bretelles de béton.
Je suis seul, le bras pendouillant de la portière de ses doigts
cherchant le frais, je pense aux autres, à toutes ces âmes
grouillantes ou assomées à cette heure de non-vie.
Il y en a qui dorment d’un sommeil profond, d’autres qui font l’amour,
qui bossent, qui végètent devant leur poste tv, et puis y’en a qui
rêvassent les yeux dans l’acier de la nuit, cherchant les étoiles,
d’autres qui fument une cigarette, et quoi d’autre encore, et qui
d’autre enfin … |